Voix de fête : jolies perles et petits cailloux
Jeudi 11 mars 2010, au casino-théâtre, dans le cadre du festival Voix de fête. Au programme de la soirée, Loraine Félix, Agnès Bihl et Coeur de pirate, trois femmes, toutes auteurs-compositrices-interprètes de chanson francophone (chanson “française” aurait été un abus de langage, puisque ces dames venaient respectivement de Suisse, de France et du Canada). Le public, principalement composé d’adolescentes de 14 ans, attendait avec impatience la prestation de Coeur de pirate, l’artiste la plus populaire des trois.
Après 30 minutes passées à jouer les stalactites devant les portes du théâtre (qui, soit dit en passant, restaient sadiquement closes même à l’heure officielle de l’ouverture des dites portes), le public a enfin pu s’installer dans la salle. Et se réchauffer les pattes. Avant de carrément fondre d’aise sous le charme de Loraine Félix, première artiste de la soirée, et gros coup de coeur personnel. Elle à une voix juste et belle, ronde dans les graves et douce dans les aigus. Tout ce qu’on aime. Des textes souvent drôles, sur les hommes, l’alcool et le célibat (“tu peux raconter qu’j’ai eu des mycoses, c’que tu diras pas, c’est qu’t’en étais la cause…”), et parfois touchants comme la chanson qui demande “pardon” au “petit tétard” parce qu’il ne “naîtra pas dans les choux” mais “dans un tube en caoutchouc”. Chansons aigres-douces sur voix de miel, le tout accompagné d’un excellent pianiste (Timothée Haller). La mayonnaise prend, le public rit, applaudit, et rappelle.
Deuxième artiste, la sulfureuse Agnès Bihl qui envoie dès la première chanson de l’acide sur les hommes. Entourée par une pianiste, un guitariste et un contrebassiste, cette féministe extravertie offre au public des chansons de thèmes assez proches de Loraine Félix. Au menu, hommes, vin et vie. “Tant va la cruche à l’homme, qu’à la fin elle se case”. Jeux de mots souvent originaux et interprétation survoltée. Mais aussi quelques lourdeurs dans certaines chansons qui vieillissent mal. Les phrases du genre “il faut être solidaire pour ne pas être solitaire” ont un goût de réchauffé et retombent autant à plat qu’un gâteau sans levure.
Il est 22h passées, et les ados sont au bord de l’hystérie : c’est maintenant que Coeur de pirate entre en scène. La star de la soirée a même droit à son logo perso en fond de scène : un néon en forme de coeur qui nous bousille les yeux. La jolie blondinette de 20 ans aux tatouages colorés sur les bras salue amicalement la foule et entame sa première chanson, assise au piano et accompagné par quatre musiciens rock. Ne me dites pas que c’est à cause de son accent canadien que l’on ne comprend mot à ses chansons : la prosodie chantée de Céline Dion et Lynda Lemay est aussi claire que l’eau de roche. Coeur de pirate n’articule tout simplement pas, et son grain de voix rocailleux n’arrange sûrement rien à la chose. Malheur à moi d’avoir voulu entendre les paroles… Car bientôt les musiciens s’éclipsent et Coeur de pirate commence une longue série de chansons en piano-voix. Et là, j’ai le malheur de me rendre compte que le public applaudit à tout rompre une soupe insipide de paroles d’adolescente qui auraient mieux fait de rester dans un journal intime. Pas du genre Rimbault, les paroles. Des lieux communs, des répétitions, et un manque de style navrant. “Et je ne sais plus si tu en vaux la peine, c’est plutôt dur d’en être certaine”, “Je t’attendrai au moins le temps de dire, que j’ai voulu prendre le plus grand risque”, “Et il ne me connaît pas vraiment, et toi tu ne me cherches pas à l’instant”. L’horreur, c’est la durée interminable de son phrasé, qui ne fait que souligner la vacuité de la phrase. Malgré ce gros bémol, la médiocre compositrice est bonne pianiste. Et sa musique, quoique rendue un peu bancale par une mauvaise balance des amplis dans la salle, peut être qualifiée de pop sympatique. Ca bouge, elle en veut et le public aime ça. Si elle voulait se hisser auprès de grands noms de la chanson française, il ne lui manquerait finalement qu’un bon parolier. Peut-être que Charles Aznavour joue les nègres à ses heures perdues?
Un Voix de fête révélateur pour moi, une découverte de beautés vocales, d’intelligences linguistiques ainsi que d’adulées casseroles en paroles.
Je vous recommande en attendant la cuvée 2011 du festival les chansons de Loraine Félix, téléchargeables sur son site perso.

C’est peut-être parce que Lorraine était dans le même collège que nous et qu’elle t’a précédé comme star des légendaires comédies musicales saussuriennes, qu’elle est aussi douée ? qui sait ?
eh oui, je lis ton blog…
…et je l’aime bien