Drague insolite dans le métro de Lausanne
La scène se passe dimanche dernier à Lausanne. “Scandale! Imposture! Au bûcher!” entends-je déjà hurler les défenseurs les plus virulents de la news genevoise : “ce blog s’appelle Genève en Brèves, on veut du local, ras le bocal des faits divers banals au-delà de notre Rhône-canal”! Certes, leur dirai-je, mais cette anecdote, en dépassant les frontières calvinisées, dépasse du même coup les barrières linguistiques, culturelles et générationnelles existantes. De quoi calmer l’appétit vorace des corbeaux en mal de ragots locaux rigolos.
Lausanne donc. Dans le m2 direction Croisettes, un jeune couple tout droit sorti de La petite maison dans la prairie (elle, long cheveux et robe à fleurs, lui, chemise propre et tongues en paille) papote gentiment, assis dans un espace à quatre sièges. Soudain, un Anglais (les yeux bleus et les cheveux fous) interrompt le pépiement des deux tourtereaux : il s’assied en face de la jeune fille et lui lance d’entrée de jeu un tonitruant “you’re pretty!” en la fixant dans les yeux. Il continue sur sa lancée en palpant l’étoffe de sa robe, la soulevant, et en déclarant “I like you’re dress!”. “I’m a ladys man!” affirme ensuite l’English à tout le wagon.
Que fait le jeune tourtereau offensé dans l’histoire, d’après vous, hein? Est-ce qu’il vole au secours de sa douce perdrix? Est-ce qu’il colle un pain au malotru? Est-ce que la tourterelle se bat elle-même bec et ongles pour sauver son honneur et son jupon tripoté?
Ma foi non. La jeune fille sourit calmement et demande au séducteur : “Where is your mommy?”. Sous les appels de son fils, une femme blonde agite la main quelques mètres plus loin. “I’m 4 and a half, my name is … and I’ve got a sister and we are here on holiday and my mom says you have pretty, long, french hair!” poursuit l’apprenti charmeur de 4 ans et demi. A ce stade déjà, on glousse et se gausse dans la moitié de la rame.
Mais la plaisanterie phare du dialogue a été amenée par l’ingénue et savoureuse question du bambin à la jeune fille “Is that man next to you your husband?”. L’amoureux, ne voyant pas l’utilité d’expliquer le concept de la petite amie au mini-dragueur, a répondu “She’s my fiancée”. Erreur fatale, car sa copine, ravie de l’occasion, en a profité pour rétorquer “Am I, really? I don’t see any ring on my finger, though, but if you say so… So tell me, Mister my fiancé, when are we getting married?” au milieu d’un wagon hilare. Rouge, telle était la couleur dudit fiancé, fustigé par sa chérie et moqué par le tout Lausanne des couloirs sous-terrains.
Voilà comment un gamin de 4 ans et demi a réussi en deux minutes à
1. égayer une rame de métro
2. semer la zizanie dans un couple
3. mettre la honte à un honnête citoyen
4. me marquer assez le cerveau pour que je vous conte cette fameuse légende (que vous raconterez je l’espère aux générations futures, histoire qu’elles apprennent à leur tour à 1. égayer une rame de métro 2. semer la zizanie dans un couple 3. mettre la honte à un honnête citoyen).

Excellent !
Coucou Marianne. Another excellent story. Love it. Hey, I also started a blog, not as excellent as yours, but it has some of Geneva in it. if you have a minute, check it out.
bisous