Le conseil séduction de Rousseau
“Pour moi, j’ai peine à concevoir comment on rend assez peu d’honneur aux femmes pour leur oser adresser sans cesse ces fades propos galants, ces compliments insultants et moqueurs, auxquels on ne daigne pas même donner un air de bonne foi; les outrager par ces évidents mensonges, n’est-ce pas leur déclarer nettement qu’on ne trouve aucune vérité obligeante à leur dire?” Rousseau, Lettre à d’Alembert sur les spectacles
Rousseau prend position sur le syndrome du “Woh miss t’es trop bonne” du 18e siècle, ânonné de nos jours par un jeune délicat tous les 5 mètres dès que jambe ou poitrine passe à proximité. Existe aussi version sifflée. Ou version séducteur en soldes: “On ne se serait pas déjà vu quelque part? Je n’oublie jamais un regard” adressé à la même jambe ou poitrine.
Rousseau, donc, n’aime pas les dragueurs. Il leur ferait bien bouffer leur perruque poudrée et leur jabot de dentelles (ou leur cravatte-casquette-gourmette, à choix), à ces précieux ridicules . Pourtant il aime les femmes. Comment le leur faire comprendre sans les outrager?
Le conseil séduction de Jean-Jacques pour séduire est simple: Surtout, ne rien dire. Ce sera toujours mieux que d’être à côté de la plaque. Même s’il y a de grandes chances pour que la dame n’entende point ce langage, on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher.
“De la manière dont je conçois cette passion terrible, son trouble, ses égarements, ses palpitations, ses transports, ses brûlantes expressions, son silence plus énergique, ses inexprimables regards que leur timidité rend téméraires et qui montrent les désirs par la crainte, il me semble qu’après un langage aussi véhément, si l’amant venait à dire une seule fois: Je vous aime, l’amante indignée lui dirait: Vous ne m’aimez plus, et ne le reverrait de sa vie.” Rousseau, Lettre à d’Alembert sur les spectacles

Se taire est une méthode intéressante. Elle est pourtant vouée à être peu fructueuse. J’ai foi en l’existence d’une voie médiane même si elle est difficile à trouver.